
Le casting est également soigné. Pour incarner les petites amies du duo ce ne sont pas moins que la jolie Dorothy Malone, qui allait bientôt faire sensation dans une série de drames et westerns, et la pétillante Shirley MacLaine, qui n’était pas encore la star qu’elle allait devenir dans les années 60. Bref deux actrices extrêmement prometteuses. Deux autres jolies actrices seront également de la partie pour des rôles plus décoratifs, Anita Ekberg en modèle et Eva Gabor en espionne. Si elle ne tournera jamais plus avec Jerry Lewis (alors qu’elle retrouvera Dean Martin pour plusieurs films), Shirley MacLaine offre le parfait pendant féminin au comique et leur duo fonctionne à merveille. Dean Martin et Dorothy Malone de leur côté offrent le pendant glamour de l’histoire. Jamais encore les deux hommes n’avaient trouvés de partenaires leur convenant à ce point. Mais le film n’est pas qu’une succession de gags et d’histoires d’amour, il possède plusieurs niveaux de lectures.

Au delà de l’aspect ludique, le film offre un point de vue intéressant sur l’arrivée de la violence dans la littérature pour la jeunesse et de cette dernière comme argument commercial pour les éditeurs. Pourtant Artistes et Modèles est loin d’être un film moralisateur. Et si le film veut démontrer, non sans raison, que vivre en s’abreuvant uniquement de comics n’est pas le meilleur moyen de s’épanouir, il lance malgré tout des piques à ceux qui se sont fait les pourfendeur de ce type de publications. Qui plus est Tashlin s’amuse à pousser la censure dans ses retranchements en multipliant les sous-entendus et situations coquines jusqu’alors peu présentes dans les film de Martin et Lewis. Le plan de Dorothy Malone sortant de sa douche, tout en ne montrant presque rien, est d’une sensualité qu’on retrouve assez rarement dans la comédie à l’époque (à l’exception peut-être de certains film de Billy Wilder). Il y a également cette succession de scènes où Shirley MacLaine est à deux doigts de violer un Jerry Lewis complètement dépassé par les événements. Ou encore le trouble de Dorothy Malone face aux avances de plus en plus entreprenantes de Dean Martin, avances dont Shirley MacLaine se fera même complice.
La réalisation de Tashlin, directement inspirée du cartoon, est la grande force du film à côté de la performance des acteurs. Le réalisateurs multiplie les trouvailles dont certaines trouveront leur chemin par la suite. Comment en effet, en voyant Dean Martin chanter avec son reflet dans le miroir, ne pas penser à Mary Poppins ? Tout comme il ne serait pas étonnant que les nombreux aller-retour de Jerry Lewis dans la haute cage d’escaliers new-yorkaise n’aient pas inspiré à Neil Simon certaines situations cocasses de Pieds Nus dans le Parc. Les numéros chantés sont également loin de la platitude qu’ils peuvent avoir dans d’autres film. « When You’re Pretend » est un grand moment de rêve et de poésie tout en restant dans le concret, tout comme « Innamorata » qui passe de la chanson sensuelle (mais amenée avec beaucoup d’humour) à une explosion de rires grâce à Jerry Lewis et Shirley MacLaine. Une bonne manière d’apprécier ce film, et surtout le personnage de Jerry Lewis dont les grimaces et exagérations peuvent avoir du mal à passer aujourd’hui, c’est de le voir comme un cartoon en images réelles. La scène chez l’ostéopathe-kinésithérapeute en est le parfait exemple.
Avec ce film, et grâce à Frank Tashlin et à la parfaite cohésion du casting, Dean Martin et Jerry Lewis sont à leur sommet. Hélas Tashlin aura eu tellement de mal à travailler avec le producteur Hal Wallis qu’il refusera de retravailler pour lui (il prendra malgré tout part au dernier film du duo), qui plus est la relation entre Dean Martin et Jerry Lewis est en train d’arriver en fin de parcourt. Le trio n’aura donc plus l’opportunité que de travailler ensemble dans un seul film, Hollywood Or Bust, qui est sans doute le meilleur film du duo… après celui-ci. Tashlin continuera à travailler avec Jerry Lewis et les deux hommes réaliseront quelques bons films ensemble, mais c’est une autre histoire.
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